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La génoise provençale : à quoi elle sert et pourquoi elle fuit
Conseils toiture — mai 2026

La génoise provençale : à quoi elle sert et pourquoi elle fuit

Cette corniche de tuiles canal éloigne l’eau de la façade, mais son défaut se lit sur l’enduit extérieur plutôt qu’au plafond des pièces.

Architecture provençale

Ce qu’est une génoise, concrètement

Une génoise est une corniche construite avec des tuiles. On superpose des rangs de tuiles canal en encorbellement, chaque rang débordant un peu plus que le précédent, et l’on scelle le tout au mortier. Le résultat est une bande saillante qui court sous le bas de la couverture, tout le long de la façade. Son rôle premier n’a rien de décoratif : elle fait déborder la toiture au-delà du nu du mur et éloigne l’eau de pluie de l’enduit.

On les compte en rangs, et ce détail se lit encore aujourd’hui. Une génoise à un seul rang correspond à une construction simple, souvent une dépendance ou une maison modeste. Deux rangs constituent le cas le plus fréquent dans les villages. Trois rangs, parfois quatre, signalaient une maison de notable : chaque rang supplémentaire représentait du matériau, du temps de maçon et un débord plus généreux. Une façade raconte donc son histoire sociale par le nombre de ses rangs.

À Salernes comme à Entrecasteaux, à Cotignac ou à Villecroze, ces corniches donnent aux rues leur ligne d’ombre caractéristique. Elles jouent donc deux rôles simultanément : elles protègent le haut de façade et elles font l’identité visuelle du bâti ancien. C’est ce double statut qui rend leur entretien un sujet un peu particulier, à la fois technique et patrimonial.

Là où la maçonnerie rencontre la couverture
Un ouvrage mixte

Là où la maçonnerie rencontre la couverture

Une génoise n’appartient entièrement à aucun des deux métiers. Elle est faite de tuiles, donc de couverture, mais elle est montée et tenue par du mortier, donc de maçonnerie. Et c’est précisément à cette frontière que se produisent les problèmes. Le point sensible est la liaison entre la dernière rangée de tuiles du versant et le premier rang de la génoise : la continuité de l’écoulement doit y être parfaite, alors que deux ouvrages différents s’y rejoignent.

Quand cette liaison se dégrade, l’eau ne tombe pas dans la pièce. Elle entre dans l’épaisseur du mur, par le haut, et descend à l’intérieur de la maçonnerie. C’est ce qui explique un symptôme déroutant et très fréquent : un enduit qui cloque, se pulvérise ou se détache en haut de façade, avec des sels qui remontent en surface, sans la moindre trace au plafond à l’intérieur. On cherche une fuite de toiture, il n’y en a pas ; le défaut est dans la corniche.

Les signes d’alerte, visibles depuis la rue

Une génoise s’observe très bien depuis le sol, ce qui en fait l’un des rares ouvrages de couverture que l’on peut diagnostiquer sans monter. Prenez du recul, regardez la corniche de biais plutôt que de face, et cherchez ces quatre indices.

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    Le mortier qui s’effrite entre les rangs

    C’est le premier signe, et le plus lent. Les joints entre les rangs de tuiles perdent leur matière, creusent, laissent apparaître du sable. Au pied du mur, on retrouve de petits dépôts poudreux après la pluie. Un mortier ancien à la chaux se délave naturellement avec les décennies, mais dès que les creux dépassent quelques millimètres, la génoise ne fait plus barrage à l’eau.

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    Une tuile de génoise descellée ou manquante

    Regardez l’alignement des rangs. Une tuile qui pend légèrement, qui a glissé vers l’extérieur, ou un trou noir dans la régularité de la corniche, indiquent que le scellement a lâché. Cela crée deux ennuis : un passage direct pour l’eau et un risque de chute sur la voie publique. Le mistral et le gel font le reste du travail sur les tuiles voisines, qui perdent leur appui.

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    Des traînées de ruissellement sous la corniche

    Une génoise qui fonctionne rejette l’eau dans le vide. Si vous voyez des coulées verticales sombres sur l’enduit, juste en dessous, c’est que l’eau revient contre le mur au lieu de partir. Les traînées se concentrent souvent à un endroit précis, ce qui désigne directement la zone à reprendre. Un enduit plus clair ou plus foncé sur une bande verticale a la même valeur d’indice.

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    De la végétation installée dans les rangs

    Une touffe d’herbe, une petite figue sauvage ou un pied de pâquerette qui pousse dans la corniche n’est pas un détail pittoresque : c’est la preuve qu’il y a là de la terre et de l’eau retenue en permanence. Les racines écartent ensuite les tuiles et désagrègent le mortier. Une végétation ligneuse, même petite, doit être traitée rapidement, car elle grossit vite dans un joint.

Ce que demande une reprise de génoise

La reprise commence toujours par la même question : jusqu’où va le désordre ? Sur une génoise saine dont seuls les joints sont délavés, un rejointoiement soigné, au mortier compatible avec l’existant, suffit. Quand des tuiles sont descellées, on les retire, on nettoie l’assise, on vérifie l’état du mur en dessous, puis on rescelle rang par rang en respectant le débord d’origine. On profite du chantier pour contrôler l’about de chevron, souvent humide, qui se cache là.

Le point délicat reste la liaison avec le versant. Il ne sert à rien de refaire une belle corniche si la dernière rangée de tuiles au-dessus n’envoie pas l’eau correctement dans la génoise. On reprend donc les deux ensemble, sur une bande de quelques rangs, ce qui suppose de déposer puis reposer une partie du bas de couverture. C’est aussi pour cela qu’une reprise de génoise est rarement une intervention isolée.

  • Relever le nombre de rangs et le débord existants
  • Identifier la nature du mortier en place
  • Dégager toute la végétation et les racines
  • Contrôler l’about de chevron et le haut du mur
  • Reprendre la liaison avec la dernière rangée du versant
  • Réutiliser des tuiles de même galbe et même teinte

Questions fréquentes

Une génoise peut-elle recevoir une gouttière

Oui, et beaucoup en portent une. La génoise éloigne l’eau du mur mais ne la canalise pas : elle la laisse tomber au pied de la façade. Une gouttière se fixe alors en avant de la corniche, sur des crochets adaptés, de manière à recueillir l’eau sans masquer les rangs de tuiles. La pose demande de l’attention : un crochet scellé dans un joint fatigué finit par descendre et tirer sur les tuiles.

Pourquoi l’enduit cloque en haut de façade sans trace intérieure

Parce que l’eau entre par le dessus du mur et circule dans son épaisseur, au lieu de traverser un plafond. Elle dissout au passage des sels contenus dans la maçonnerie, qui cristallisent en séchant sous l’enduit et le décollent par poussée. Le désordre apparaît donc sur la façade, parfois un étage plus bas que son origine. Refaire l’enduit sans traiter la génoise ramène le problème en quelques saisons.

Peut-on reprendre seulement une partie de la génoise

Tout à fait, et c’est le cas le plus courant. Les désordres sont généralement localisés : un angle de bâtiment, une section sous un arbre, la partie la plus exposée au vent de pluie. On reprend cette zone en s’arrêtant sur du mortier sain, et l’on soigne le raccord pour qu’il ne se voie pas. La seule limite est esthétique : un mortier neuf reste plus clair quelques années avant de se patiner.

Une génoise à examiner

Couvreur Salernes CS travaille sur le bâti ancien à Salernes, Entrecasteaux, Cotignac et Carcès. Tél. 07 75 27 40 50.

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